Avec une température moyenne de 22,2 °C et +1,9 °C, l'été 2025 s'est classé au troisième rang des étés les plus chauds jamais enregistrés en France depuis 1900. Il s’agit du quatrième été consécutif anormalement chaud. Quelles conséquences cela engendre-t-il sur le spectacle vivant ? Entre les festivals annulés et les salles de théâtres suffocantes, on craint fort que le public ne déserte si aucune mesure n’est prise.
Pour se prémunir contre la canicule et les intempéries, les organisateurs doivent souscrire des contrats d'assurance de plus en plus onéreux, alors même que le secteur est déjà sous forte tension, avec un tiers des festivals qui terminent leur édition en déficit. Certains événements sont carrément annulés, comme le Lubèou Festival dans le Vaucluse, interdit par la préfecture lors d'une vigilance orange canicule, ou le Festi'Jeunes à Montpellier. Du côté d'Avignon, les projections climatiques sont alarmantes : en 2050, la ville figurera parmi les 35 % des communes françaises où les températures augmenteront le plus, avec un nombre de jours "anormalement chauds" qui pourrait passer de 27 à 90. Le festival qui incarne la vitalité du théâtre français se déroule précisément là où le réchauffement frappera le plus fort.

Dans les salles, c’est la surchauffe : plusieurs dizaines de corps agglutinés et des projecteurs halogènes qui consomment environ cinq fois plus qu'un équivalent LED. Cela devient insupportable pour le public comme pour les comédiens.
Le recours systématique à la climatisation n’est pas la solution, puisqu'il alimente le réchauffement global et aggrave le problème extérieur plutôt qu’il ne le résout. Il s’agirait plutôt de lancer la rénovation thermique des bâtiments, mais cela suppose des investissements colossaux pour des structures à l'économie fragile, face à des aides publiques insuffisantes.
De plus, les bâtiments historiques classés ou inscrits au titre des Monuments Historiques, ce qui concerne de nombreux théâtres en France, sont souvent exemptés des exigences de la Réglementation Thermique pour l'Existant au nom de la préservation du patrimoine. Ils sont ainsi légalement protégés de toute obligation de mise aux normes énergétiques. Par exemple, la salle Richelieu de la Comédie-Française ne peut pas recevoir de bardage extérieur. Les travaux doivent impérativement se faire à l'intérieur, sous le contrôle strict de la DRAC.
Sur les planches, les artistes bougent, transpirent, portent des costumes avec parfois plusieurs couches, et directement sous le feu de projecteurs pendant des heures. Pour eux, la chaleur est un facteur de danger réel pouvant causer des déshydratations et des malaises. Les techniciens sont exposés au même calvaire dans des coulisses et les régies.

La fréquentation du spectacle vivant accuse déjà un recul structurel lié aux arbitrages économiques et aux nouvelles habitudes post-crise : 24,9 millions de Français ont assisté à un spectacle en 2022-2023, soit 700 000 de moins que la saison précédente. Le théâtre, à lui seul, est passé de 13,2 à 10,2 millions de spectateurs. La chaleur vient désormais accentuer cette désertion, poussant le public à préférer les alternatives de plein air.
Le spectacle de rue pourrait, à ce titre, tirer son épingle du jeu. Au festival d'Aurillac, les prévisions de fréquentation frôlaient les records avec 120 000 personnes attendues sur quatre jours. Toutefois, les arts de la rue ne sont pas immunisés : les compagnies doivent décaler leurs représentations pour éviter les heures les plus chaudes.

La crise climatique enferme le théâtre dans un cercle vicieux. Ce secteur, déjà structurellement précaire, ne peut pas facilement rénover ses infrastructure. Mais ce n’est pas une fatalité. Il s’agit aussi d’un choix politique, celui de ne pas investir massivement dans la résilience climatique de notre patrimoine culturel. Ainsi, si de plus en plus de salles se vident, ce ne sera pas parce que les gens n’aiment plus le théâtre, mais parce que personne n'aura décidé qu'il valait la peine de les y accueillir dans des conditions acceptables.