Retour
Carnaval
fleche noire droite
Article du moment

Carnaval : le théâtre dans la rue

17/02/2026
édito
Réserve ta place !

Le 17/02/2026, on célèbre le carnaval, Mardi gras, le dernier jour avant le carême dans le calendrier chrétien. Historiquement, c’est la journée de tout ce qu’on ne fera plus demain : manger gras, se déguiser et surtout renverser les règles. Le mot lui-même, carne levare, signifie “retirer la viande”. C’est le moment où le spectacle vivant déborde dans les rues. Mais pourquoi cela ne dure qu’une seule journée ?

Bref historique

Le carnaval s'institutionalise au Moyen-âge, mais trouve sa source dans les fêtes antiques comme les fêtes dionysiaques en Grèce ou les Bacchanales, les Saturnales et les Lupercales à Rome. Fêtes au cours desquelles l’excès se fait rite social. À Venise, on documente des célébrations dès 1094 : masques, parades, théâtre, musique, la ville se transforme en véritable spectacle.

Bacchus, Le Caravage, vers 1598, Huile sur toile, musée des Offices, Florence.
Effervescence collective 

Pendant 24 heures, on s’autorise l’excès, le ridicule. On rend visible ce qui se cache d’habitude derrière la normalité. Le sociologue Victor Turner parle de liminalité pour décrire ces moments de seuil où l’ordre social se relâche, où une égalité provisoire apparaît. 

Dans cette parenthèse, une intensité collective se propage, et c’est exactement ce qu’on ressent dans une salle quand un spectacle réussit. Émile Durkheim parle d’effervescence collective : ces moments où l’énergie monte, où la société se ressent elle-même. Et à l’heure où les liens se fragilisent, où la fatigue et l’isolement se propagent, ce genre de respiration est politique et nécessaire. 

© Hernan Pernett
Révéler les rapports de force

Mikhaïl Bakhtine explique que la culture carnavalesque renverse symboliquement les hiérarchies : on rit du pouvoir en exagérant ses gestes pour le rendre grotesque. Le rire n’est pas là pour se moquer mais pour rappeler que l’ordre social est construit, et donc discutable. C’est exactement ce que fait le théâtre : il fabrique un espace où l’on peut regarder le monde pour révéler ses rapports de force.

Le masque joue un rôle spécifique : il permet de se cacher, bien sûr, mais aussi de faire l’inverse : de montrer. Dans la tradition des masques, on montre en caricaturant pour rendre visible la comédie sociale et les dominations.

© Fred Dendoktoor

Ainsi, le carnaval renverse l’ordre. Mais à date fixe. Mary Douglas rappelle que les sociétés gèrent le désordre : elles l’autorisent parfois, pour mieux le contrôler ensuite. Le risque, c’est de se dire : on a eu notre moment de liberté, maintenant retour à la normale...

Le spectacle vivant refuse que ça ne dure qu’une journée. Le spectacle vivant est un carnaval quotidien. 

Joyeux carnaval !!

A découvrir aussi !