Quelle place occupe la typification ethnoraciale dans la distribution des rôles d’une pièce ? Comment les comédien·nes perçu·es comme non-blancs, c’est-à-dire "comme noir·e, arabe ou asiatique », vivent-ils le processus de sélection, y perçoivent-ils des discriminations ? Comment se construisent les inégalités de représentation au plateau ? Ce sont les questions que ce sont posées Maxime Cervulle et Sarah Lécossais dans leur étude universitaire commanditée par le Ministère de la Culture et parue ce 21 mars.
À l’occasion de la marche des solidarités qui a déversée sur Paris samedi 22 mars, et de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale le 21 mars, revenons sur les résultats de leur enquête sur l’influence de l’origine perçue dans la distribution des rôles au théâtre, menée auprès de 100 professionnel·les : comédien·nes, responsables de distribution artistique, metteuses et metteurs en scène.
Les arts du spectacle bénéficient d'une dérogation à la législation anti-discrimination : il est possible, dans ce secteur, d'utiliser des catégories ethniques ou raciales pour classer les personnes et pour les sélectionner, Maxime Cervulle.
Dans cette perspective, les interrogés font part d’une exclusion des grands rôles du répertoire classique français, sous prétexte que « Bérénice » (dans la pièce éponyme de Racine) serait blanche, explique Sarah Lécossais. La confidentialité des auditions rend encore plus opaque les justifications des distributions finales.
La position color-blind consiste à faire fi de la couleur de peau, tandis que la position color-conscious en fait un élément à part entière de la dramaturgie. Pour les chercheurs Aucune n'est satisfaisante. En effet, cette insistance sur la signification de la couleur de peau sur scène vient alimenter la problématique de l’inclusion au théâtre sans résoudre le racisme et les discriminations dont sont victimes les concerné·es.
De nombreuses voix s’élèvent pour interroger la colonialité à l'œuvre dans le monde des arts et de la culture en France et proposer des pistes pour une décolonisation des formations, des institutions et des contenus. C’est le cas de l’ouvrage Décolonisons les arts !, co-écrit par Leila Cukierman, Gerty Dambury et Françoise Vergès et quinze artistes. Ils dénoncent l’absence de formes de narrations prenant à rebours le récit national et promeuvent activement une plus grande diversité des corps, des voix et des récits sur les scènes.